Salon du livre, les Propos, les interviews des écrivains récompensés par des prix littéraires.
Des professionnels du livre, des écrivains questionnés...

Salon du livre versant PRO... Propos : les professionnels du livre, d'abord les écrivains.

Les écrivains récompensés par le Prix Littéraire du Salon du Livre du net (créé en 2003)

auteur lauréat 2017 Gérard Glatt

Janvier 2017

Interview de Gérard Glatt, lauréat du premier prix littéraire 2017

Retour à Belle étoile, édité aux Presses de la Cité en 2016

livre lauréat 2017


Stéphane Ternoise, pour le salon du livre du net
: - A 33 ans, sortait votre premier roman, « Holçarté », chez Calmann-Lévy, 1977. Quel souvenir ? Quel accueil ?
Gérard Glatt : - Quel souvenir ? L'un des plus beaux de ma vie. Mais je dis ça à chaque fois qu'un livre sort, comme je le dis à chaque fois qu'un éditeur m'apprend que mon manuscrit a été retenu. En l'occurrence, pour « Holçarté », mon éditeur était Roger Vrigny, prix Femina tandis que je l'avais en classe de première comme professeur de latin/français, et, plus tard, Grand Prix de l'Académie Française. A cette époque il était devenu directeur littéraire chez Calmann Lévy. C'est par hasard que je l'ai retrouvé là, mais il m'avait déjà lu lorsque j'étais dans sa classe. Avec lui, pour qu' « Holçarté » soit publié, j'ai travaillé comme un fou. J'étais heureux. Le manuscrit avait été soumis à des gens comme Frédéric Vitoux, Alain Bosquet. Lors de sa sortie, le livre a été bien accueilli. Certains critiques, me comparant entre autre à Henri Bordeaux, me promettaient un bel avenir. L'Académie Française était à ma portée. A ce moment, j'avais si peu confiance en moi - ce qui ne m'a jamais quitté -, ces compliments me faisaient plutôt sourire.

- Puis 31 années se sont écoulées avant la publication du deuxième. Je vous suppose happé par « la vie professionnelle »... En fut-il ainsi ?
- Oui, certainement. En fait, je n'ai pas eu le courage de ma vocation. Pas eu le front de lui répondre. Comme je le dis souvent, je n'ai jamais su faire qu'une chose, je n'ai jamais eu dans l'idée qu'une chose : écrire. Ça a commencé j'avais six, sept ans. Ensuite, jusqu'à aujourd'hui, je n'ai fait que ça, profitant du moindre instant disponible. J'ai quitté l'administration des douanes, très vite. Au bout de trois ans, quatre ans. Dès que j'avais cinq minutes, j'écrivais. Des poèmes, des nouvelles, un roman. J'y ai rencontré un très bel écrivain, il avait une plume extraordinaire, d'une finesse incroyable : Pierre Silvain. Lui et Roger Vrigny m'ont suivi, m'ont lu, chacun jusqu'à sa disparition. A la mort de Vrigny, j'ai pleuré comme si j'avais perdu mon père. Peut-être davantage. A la mort de Pierre Silvain, j'ai cru que pour moi tout était fini... Happé n'est peut-être pas le mot juste. A 33 ans, j'avais une femme, une fille, je n'avais pas le droit, me semblait-il, de tenter le diable. La littérature ne nous aurait pas nourris. Aujourd'hui, je me dis que j'ai peut-être eu tort...

- Cette « vie professionnelle », finalement, vous la décrivez « peu satisfaisante »... Pouvez-vous nous en narrer quelques grandeurs et misères ?
- Ça me paraît difficile. Un seul exemple, tant pis si c'est un peu long, mais il ne nous éloignera pas de la littérature. J'ai quitté l'administration des douanes pour devenir conseil en commerce extérieur. Je ne m'occupais que d'affaires concernant le droit douanier. A cette époque, la réglementation des changes faisait partie intégrante de ce droit. Une réglementation qui prévoyait bien plus drastiquement qu'aujourd'hui ce que chacun avait le droit ou l'obligation de faire ou de ne pas faire en matière financière sous peine de supporter des pénalités exorbitantes, voire d'être poursuivi en correctionnel. Ainsi, un jour, je dois m'occuper d'une affaire concernant Patricia Highsmith, la célèbre écrivaine américaine. Qu'avait-elle fait de mal ? Elle habitait en France, près de Fontainebleau. Les douanes apprennent qu'elle touche des droits d'auteurs aux USA et qu’elle les y laisse. Il en est ainsi depuis des décennies. Et elle est bien loin de s'être jamais préoccupée d'une réglementation qu'elle ignore et qui lui impose de rapatrier en France l'ensemble de ses avoirs. On va de procès-verbal en procès-verbal. La pauvre est d'accord sur tout ce qui lui est demandé. Si elle doit rapatrier « son argent » en France, elle n'y voit aucun inconvénient. De toutes les façons, aux USA, ils ont payés les impôts. Pour l'administration, la question n'est pas là. Elle aurait dû... Et elle n'a pas... Point final ! Je fais de mon mieux, comme conseil, pour calmer le jeu. Patricia Highsmith a le sentiment qu'on lui en veut ; et que c'est bientôt la France entière qui lui en veut. Bref, au bout de X mois, on lui inflige une pénalité. Celle-ci reste modique au regard de ce que les textes prévoient. Entre temps, la malheureuse a tout rapatrié en France. Elle n'a pas fait que ça : dépressive, persécutée, dit-elle, elle a déménagé, s'est installée entre la Suisse et l'Italie, dans un patelin perdu. Par mon entremise, elle s'acquitte de sa pénalité. Six mois plus tard, la réglementation en cause est abrogée. Mais Patricia Highsmith ne se remettra jamais de cette mésaventure et ne reviendra jamais en France... Des affaires comme celle-ci, d'une flagrante sottise, pendant près de vingt-six ans, combien y en eut-il ?

- Durant ces trois décennies, écriviez-vous ?
- Je n'aurais pas vécu sans cela. Le besoin d'écrire, c'est ce qui coule dans mes veines. J'ai écrit toute ma vie. Bien avant « Holçarté », Charles Exbrayat, qui éditait au Masque, s'est intéressé à ce que j'écrivais. Des romans policiers. Si après « Holçarté » rien n'est sorti, c'est que chez Calmann Lévy, le gérant de l'époque, Alain Oulman, n’a pas accepté le manuscrit suivant. « C'est une injustice que vous faites », observa Roger Vrigny en ma présence. J'en fus profondément blessé. Alain Oulman avait sans doute ses raisons. Vrigny n'a pas voulu les connaître. Moi non plus. Il continua à me lire jusqu'à son décès. Mais je ne voulais plus rien présenter à d'autres éditeurs. La crainte d'une nouvelle injustice ? C'est probable. Une injustice, en tout cas, que j'aurai difficilement supportée, à laquelle j'ai refusé de me confronter. Alors, j'ai continué, continué... Puis rangé dans les tiroirs.

- Vous « revenez » donc avec « Une poupée dans un fauteuil », chez Orizons, en 2008... soit deux ans avant « la retraite »... Pourquoi et comment, ce retour ?
- Ma mère est décédée en 2002. C'était en janvier. Les conditions de sa mort m'ont bouleversé : au milieu de l'été 2001, elle tombe dans la rue, dévale un escalier, se casse à demi, le sang coule sur le trottoir... On me l'a raconté, je n'étais pas là. Elle était avec une amie de son âge. Toute apeurée. Ma mère souffrait, ne pouvait plus bouger, mais les passants, pressés de retourner au travail, ça devait être vers 14 heures, de se mettre à l'abri de la chaleur, circulent sans la voir ou, du moins, l’évitent, car s'ils la remarquaient ils seraient obligés de faire quelque chose. Et alors, ce serait l'embarras, déjà que leur propre vie... A ce moment, comme j'aimais à le dire, j'avais mes trois femmes, et avec elles trois j'étais bien : ma mère, ma femme, Madeleine, et, Marie, ma fille... Longtemps, je n'ai pas accepté que l'une d'elles fût partie... Et puis j'ai écrit les six derniers mois de sa vie... Et Pierre Silvain, après avoir lu « Une poupée dans un fauteuil » m'a dit lors d'un déjeuner, presque sévère, que ce texte, je ne pouvais le ranger si aisément, comme les autres. Alors je l'ai adressé à trois éditeurs, des petites maisons, et tous les trois m'ont dit oui. J'ai choisi Orizons, à cause de Daniel Cohen qui m'a fort gentiment répondu. Sa lettre m'a donné envie de le connaître.

- Puis vous enchaînez, jusqu'à ce jour, avec un roman environ tous les 18 mois... Avez-vous la sensation d'avoir vraiment trouvé votre voie ?
- Trouvé, non, certainement pas. Accepté, oui. Je crois, je suis sûr que le besoin d'écrire auquel je n'ai jamais voulu céder, par crainte, je l'ai dit, de ne pouvoir en vivre, ou vivre tout court, ce manque de confiance qui m'a toujours retenu et m'empêche encore d'être moi-même, m'ont empêché d'être ce que j'aurais pu être dans d'autres domaines. Dans mon travail, tout simplement. Car toute ma vie, je n'ai pensé qu'à écrire. C'était obsessionnel. Ça l'est encore. Qu'à la phrase qui devait suivre la dernière que j'avais écrite. Tous les jours, je ne pense qu'à ça. Sûrement, il y a là quelque chose de viscérale. Ne me parlez pas d'addiction...

(Suite de cette interview, liens pour l'achat du livre récompensé...)



salon du livre 2016


S.T. (salon du livre du net)
: - Vous pratiquez la littérature sous différentes formes, pouvez-vous nous emmener dans un tour d'horizon de vos univers ? En repartant même des premières publications.
Jean-Louis Le Breton : J'ai toujours baigné dans le monde des livres depuis mon enfance. Après des études de lettres, j'ai travaillé comme libraire dans les années 70. Puis comme lecteur aux éditions Denoël avec Elisabeth Gille (la fille d'Irène Némirovski) qui dirigeait la collection Présence du Futur. Puis j'ai démarré une carrière de journaliste (entre autres aux « Nouvelles littéraires ») qui se poursuit aujourd'hui. J'ai été passionné par la Science-fiction (je le suis moins), par les polars, par l'argot du 19e siècle, etc. Au Panthéon de mes auteurs je place des gens comme Jean Vautrin, Céline, Edmond Rostand, San-Antonio, Alphonse Boudard, Jehan Rictus...

- Depuis 2009, vous publiez donc chaque année un roman policier, vous avez ajouté depuis 2012 au moins une pièce de théâtre et en 2015, "Le libre choix de Clara Weiss", l'écriture est devenue votre activité à plein temps ?
- L'écriture... journalistique est une activité à plein temps du fait du magazine que je dirige : le Canard Gascon, un magazine d'information locale et régionale qui existe depuis onze ans ! J'avais écrit pas mal de nouvelles de science-fiction dans les années 80. En 2009, l'envie de passer au roman m'a chatouillé les phalanges. Depuis, ça n'a pas cessé. J'ai publié une douzaine de livres dont neuf romans et j'ai écrit six pièces de théâtre qui ont toutes été jouées dans le Sud-Ouest.

- Comment en arrive-t-on à écrire sur le suicide assisté, certes avec la restriction du cas d'une malade incurable en totale lucidité face au dérèglement généralisé ?
- L'idée de départ était plutôt d'écrire sur l'accompagnement d'une personne en fin de vie, suite au décès de mon père, mort de la maladie d'Alzheimer. Ensuite, lors d'un dîner entre amis, j'ai rencontré une psychologue suisse qui m'a parlé des « burn out » de ses clients. Je tenais les fils de mon histoire. La Suisse étant l'un des pays où le suicide assisté est autorisé, il n'y avait plus qu'à dérouler... L'imagination a fait le reste.

- Le cas Vincent Lambert vous a-t-il accompagné durant l'écriture ou avez-vous souhaité vous en éloigner ?
- J'avais fini l'écriture du livre lorsque le cas Vincent Lambert est revenu à la une de l'actualité. La famille se déchirait pour savoir s'il fallait mettre un terme à sa lente agonie. C'était (et c'est toujours) en phase avec mon roman. Dans celui-ci, le personnage principal s'interroge avant de prendre le parti de Clara Weiss, la malade qui veut contrôler son destin...

- Après ce roman où malgré le détachement de la narration dans les premières pages, l'auteur ne doit pas pouvoir sortir indemne : la vie, la mort, pouvez-vous nous en résumer l'essentiel, de ces conditions humaines ?
- Le roman aborde trois thèmes : l'accompagnement de personnes en fin de vie, le suicide assisté et l'euthanasie. Pour autant, on ne baigne pas dans le pathos car les deux personnages sont des amoureux de la vie et savent prendre du bon temps. Lorsqu'on parle de suicide assisté, on pense principalement à des personnes mourantes ou en phase terminale qui veulent finir leur vie dignement. Le suicide est aussi un sujet qui concerne les personnes bien portantes. Le personnage principal aborde la question lors d'une discussion avec sa mère. C'est le choix de son propre destin qui reste la question majeure. Dès lors qu'on nous enlève ce choix, nous ne sommes plus que des morts en sursis. Ma position est claire : je suis favorable à la mise en place de structures de suicide assisté en France et également favorable à l'euthanasie lorsque la famille et le corps médical sont d'accord et que le patient a clairement exprimé son opinion avant d'être malade. A ce propos, cette déclaration d'intention (autoriser à mettre fin à sa vie selon les circonstances) devrait être fortement conseillée pour toute personne majeure.

- Et sur la vie, quelques mots :) ?
- La pétillance d'esprit est, pour moi, l'une des plus belles manifestations de la vie. J'aime le rire et j'aime manger. Je peux donc sauter du coq à l'âne au coq au vin avec le même plaisir.

(Suite de cette interview et celle de ses éditrices, l'achat du livre récompensé, le catalogue de l'auteur, des photos...)

Christoph Chabirand

Christoph Chabirand

Christoph Chabirand, Les yeux vair, fut publié en 2014 chez Orphie.

Lauréat Prix salon du livre du net 2015

De nouveau une grande et belle interview...
Les yeux vair
Kate Wagner

Kate Wagner

Kate Wagner, Le Paradis des louves, fut publié en 2013 chez éditions Kelableanwi.

Lauréate Prix salon du livre du net 2014

Une grande et belle interview comme je les aime !
Le Paradis des louves
Joachim Marcus-Steiff 2013

Joachim Marcus-Steiff


Joachim Marcus-Steiff est le premier lauréat des prix littéraires en 2013. Avec un essai "capital" : La société sous-informée, publié en 2012 par L'Harmattan.

Une interview exclusive et passionnante de l'auteur.
livre laureat 2013 prix salon du livre du net
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photo Jean-Laurent POLI  salon du livre 2012

Jean-Laurent POLI


Jean-Laurent POLI est le premier lauréat des prix littéraires en 2012. Avec Peut-on aimer une morte ?, publié en 2011 par Les éditions du Nouveau Livre.

Le roman récompensé : Peut-on aimer une morte ?

salon du livre : - À 20 ans, lyonnais, vous êtes monté à Paris "avec l'appétit d'un Rastignac" dit la présentation de votre éditeur, vous pouvez raconter ?

Jean-Laurent POLI : C’est le syndrome Charleville pour Rimbaud. J’aimais beaucoup la ville où j’ai passé enfance et adolescence mais arrive un moment où rien ne va plus et où il faut partir si on veut échapper à un destin tracé d’avance. Plus jeune je méprisais les journalistes et jamais je ne me serais imaginé faire ce travail.


- Scénarios, théâtre, presse... Vous formiez votre plume ou visiez à l'oeuvre ?

Pour moi l’écriture seule au fond était importante. J’écrivais où je pouvais... où on me demandait d’écrire et où... cela rapportait un peu d’argent. Ce serait sans doute prétentieux de dire que je visais à quoi que ce soit mais oui, j’avais des ambitions. Les écrivains que j’aimais alors étaient les grands écrivains classiques (Flaubert, Proust, Kafka ou Nabokov). Rien d’original.

- La lecture de ces grands écrivains a entraîné votre envie d'écrire ou il y eut d'autres déclencheurs ?

On ne sait jamais réellement pourquoi on écrit. C’est vraiment intime. Chez moi je pense que c’est plutôt une fuite... Dans « Peut-on aimer une morte ? » le narrateur (qui n’est pas l’auteur) fuit sa réalité en poursuivant dans les limbes une jeune femme morte. Le livre entier est un éloge de la fuite même si les choses vont trop loin... Poursuivre une chimère, aimer une sylphide voilà un projet d’écriture !


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salon du livre : - Les oeuvres alimentaires, comme vous les définissez, sont aussi une manière de former votre plume ? Comment en arrive-t-on à vous proposer une biographie de Yannick Noah aux éditions L'Archipel ?

Jean-Laurent POLI : - Bien sûr on se forme en écrivant même si l’écriture journalistique est différente de l’écriture de fiction. Je ne regrette pas du tout ce livre sur un tennisman. Paradoxalement je suis arrivé à Yannick Noah par la littérature d’avant-garde. J’avais publié des textes dans une revue philosophique et littéraire très « intello », exigeante et... confidentielle. Un de ses fondateurs m’a indiqué que Belfond fils cherchait un auteur pour réaliser une biographie du « français le plus aimé des français ». J’ai accepté. C’était un travail purement journalistique. Je ne connaissais pas Noah, j’ai cherché le croustillant, la « petite bête », j’ai découvert un homme désarmant de gentillesse.


- Le pamphlet contre les animateurs de télévision, publié chez Aléas... oeuvre alimentaire aussi ?

Non, je suis très fier de ce livre qui n’a pas beaucoup marché malheureusement mais qui conserve une actualité intacte. « Abécédaire obséquieux des gens de télévision » est un livre vraiment littéraire, une suite de faux éloges, de panégyriques pipés, en réalité une critique dévastatrice des personnalités de la télévision. Il a été préfacé d’ailleurs par un critique important mais je n’ai été reçu par aucune chaîne pour en parler, exceptée une chaîne de télévision locale, lyonnaise de surcroît et dont il faut saluer l’audace. Une journaliste du service public m’avait expliqué elle, par écrit, qu’elle ne pouvait critiquer les animateurs de la chaîne. Bel aveu dont je me suis souvenu quand des quelques années plus tard j’enseignais des rudiments de déontologie de la presse aux étudiants de l’Université Paris 8. Mon livre prophétisait le remplacement des journalistes par des animateurs. Ce qui est devenu courant aujourd’hui. Dans le domaine culturel par exemple, c’est l’animateur (pensez à Ruquier) qui préconise, donne le ton, conseille ou au contraire élimine, écarte. Vous avez aussi maintenant certains journalistes qui se comportent comme des animateurs...


- Quant au bilan dressé en 2009 de notre Président de la République (chez City Edition) ?

Là encore, il s’agit d’ un travail journalistique qui raconte l’arrivée au pouvoir du Président Sarkozy et fait un bilan des deux premières années du quinquennat. J’avais réalisé un blog de la campagne avec l’écrivain Serge Rivron sous forme « épistolaire » et j’étais complètement immergé dans cette campagne. CITY éditions qui est dirigée par un ancien journaliste lançait une collection d’actu intitulée « Documents » et il m’a commandé l’ouvrage.


- Vos premiers livres publiés... au niveau des droits d'auteur, avez-vous négocié des taux intéressants ou accepté ceux proposé ? Au niveau des ventes, qu'avez-vous pensé du fonctionnement du monde de l'édition ?

Au début on est heureux d’être publié, on ne fait guère attention. Pour les livres de « journalistes » ils doivent être amortis très vite, autant négocier des à-valoir convenables avant de démarrer si cela est possible. Pour les ouvrages littéraires, c’est plus dur mais on dispose de...l’éternité pour percevoir quelque chose.


- Vous avez aussi été rédacteur en chef de "La Lettre du Gouvernement" (officiellement un bimensuel de 10 pages diffusé à 80 000 exemplaires, que je n'ai jamais lu) sous Lionel Jospin. Un travail plus politique que journalistique ?

De la propagande plutôt ! C’était une période très enrichissante. Avec une équipe de quatre journalistes, nous suivions les conférences de presse de Matignon et des autres ministères. L’objectif était de rendre compte de façon habile et bienveillante des grands « chantiers » du gouvernement de Lionel Jospin. Tous nos textes étaient soumis à approbation de « conseillers » plus ou moins pusillanimes. Je raconte cette période burlesque dans mon deuxième roman « Onze réveils d’un raté » (publié chez LC éditions également en 2011 et qui devrait connaître une version papier en 2012)... Avec le recul, je comprends pourquoi la gauche a connu la défaite...

- Peut-on aimer une morte ? fut publié en février 2011 par LC éditions, une jeune maison qui existe depuis décembre 2010... Pouvez-vous nous la présenter ?

LC est la maison d’édition de Christophe Lucquin, un trentenaire passionné issu du monde de l’édition, (il vient de chez MÉTAILLÉ) et avait au départ décidé de se lancer dans l’aventure numérique. Aujourd’hui LC fait les deux, numérique et papier car il n’est pas simple de changer les habitudes. Le travail mené par Christophe est intuitif, risqué, ambitieux. Il faut beaucoup de courage pour se lancer aujourd’hui dans le monde de l’édition. C’est un peu un vortex, un creuset d’auteurs expérimentaux mais bien dans l’époque.

- La version papier est vendue 17 euros, la version numérique 7,49 euros. 55% de réduction pour l'ebook, est-ce selon vous un bon taux ?

Je n’ai qu’un avis d’auteur sur la question. Il me semble qu’il est intéressant de fournir au lecteur des livres à coût moindre, faciles à se procurer (un simple téléchargement), moins d’intermédiaires (distributeurs, libraires) même si pour le moment on ne perçoit pas encore l’impact réel. C’est un débat d’actualité que les gros éditeurs ne semblent pas avoir tranché.

- Amazon propose une approche de prix bas des ebooks et un reversement de 70% aux auteurs (avec qui plus est TVA luxembourgeoise de seulement 3% contre 7% pour les ventes des plateformes françaises dont la vente directe), comment percevez-vous cette offre ?

C’est délicat. J’ai un point de vue « écologique » sur la question. Faire attention en appuyant sur un point de la chaine de ne pas dérégler le système complet.


- L'arrivée en France du Kindle d'Amazon est un tournant dans l'édition française ou un épiphénomène ou autre chose ?...

L’arrivée des liseuses ne m’effraie pas. Si c’est l’avenir on ne pourra rien y changer. Je ne vais pas vous répondre que je suis sensible à la fameuse « Odeur du book » ! Et puis, peu importe le support pourvu qu’on ait l’ivresse. Oui, c’est l’ivresse qui manque le plus !


- Regard d'auteur : sur un ebook, l'auteur doit toucher le même taux de rémunération que pour le livre papier ou nettement plus ?

Pour ce qui est de mon éditeur actuel, le pourcentage est doublé mais le prix de l’e-book lui, est divisé par deux. Ce qui revient donc à peu près au même. Il faut trouver des solutions.


- "Peut-on aimer une morte ?" Comment et pourquoi est née cette histoire ?

C’est un mystère pour moi encore aujourd’hui alors que je pourrais répondre beaucoup plus facilement à cette question pour mes autres romans. Peut-on aimer une morte ? n’est pas né d’une passion « nécrophage » ou d’une quelconque passion ésotérique (je le précise car certains ont pu faire ce contresens absurde)...


- D'un point de vue forme, approche narrative, quelle fut votre ambition ?

C’est une histoire d’amour... dans l’imaginaire déréglé d’un employé d’assurance cinéphile qui «pète les plombs » certes, mais c’est bien un récit amoureux. Ce cadre fuit son quotidien un peu terne dans une passion imaginaire et aveugle pour une jeune femme suicidée dont il a croisé accidentellement le regard figé de morte.


- Avec le recul, que pensez-vous de votre roman ? Question très ouverte et difficile !

On s’interroge toujours sur ce qu’on a écrit mais je pense que vient un moment de... réconciliation avec soi où on peut préciser ses intentions. Il me semble avec le recul que « PEUT-ON AIMER UNE MORTE ? » traduit un malaise que je ne ressentais pas clairement au moment où j’écrivais et qui prend de plus en plus corps aujourd’hui à travers la jeunesse, l’absence de projet, une certaine déréliction générale. Dans ce monde un peu trouble seule la fuite apparaît comme le salut.

- Pourquoi et depuis quand écrivez-vous ?

Je gagne ma vie avec ma plume depuis vingt cinq ans. Mais aujourd’hui je m’aperçois que seule la littérature a de l’importance car c’est pour moi, une « raison de vivre ». Cela ne s’explique pas d’ailleurs de façon rationnelle. Je serais presque tenté de vous dire que je ne peux pas faire autrement ni autre chose. Ecrire est un besoin, c’est plus fort que soi, un besoin auquel on donne son assentiment sinon on finit par s’arrêter car c’est parfois très pénible.

- À quand votre site internet ?

J’ai un projet de création. Pour l’heure j’ai créé un blog (il suffit de taper Poli/actualités) qui traite principalement de lyrique et de mes « coups de cœur » en matière de littérature.

- Qu'attendez-vous d'internet ?

Le meilleur et le pire. Le pire c’est sans doute ces gens qui prennent des pseudos pour faire des commentaires. On frôle alors très souvent le pire esprit collaborationniste de notre beau pays. Le meilleur, c’est ces gens qui au détour d’un statut vous font sourire, vous émeuvent, vous informent... Je trouve par ailleurs qu’il y a un renouveau de la critique littéraire sur internet à travers des sites spécifiques (je pense en particulier au site de Juan Asensio, « Stalker ») qui font le travail que les journalistes ne font plus et cela c’est sans doute très positif pour faire vivre la littérature.


- Connaissez-vous, avez-vous lu, certains des précédents lauréats du salon du livre du net ?

Certains ne me sont pas inconnus. Ou plutôt certaine comme Emmanuelle Urien mais je vais m’y mettre...


- Vous êtes le dernier lauréat pour lequel une édition papier était nécessaire, écrit autrement : le dixième prix du salon du livre s'ouvrira aux oeuvres 100% numériques, que pensez-vous de cette évolution ?

Je pense que c’est très bien. Tout ce qui peut accélérer la circulation d’un manuscrit en amont et en aval est très important. Vous savez pour un auteur, par exemple ne pas avoir à se fader le rituel épuisant des copies de manuscrits à adresser à des éditeurs surbookés et qui ne lisent plus, c’est en soi un progrès considérable.


- Vous oubliez être aussi journaliste quand vous répondez à ce genre de questions ou percevez immédiatement l'attente du questionneur ? Ou même vous vous mettez à sa place ?

Un journaliste peut répondre de façon sincère ;) sans forcément pratiquer l’empathie.

Réagissez à cette interview de Jean-Laurent Poli, ou sur ses livres... sans forcément pratiquer l’empathie ;);)

photo Eric Fouassier salon du livre 2011

Eric Fouassier


Eric Fouassier fut, lui, le premier lauréat des prix littéraires en 2011. C'était avec Le Traducteur, ce beau roman publié en l'an 2010 par les éditions Pascal Galodé.

informations et interview d'Eric Fouassier.
Le roman récompensé : Le Traducteur
photo de Georges Flipo salon du livre 2010

Georges Flipo


Georges Flipo fut le premier lauréat des prix littéraires 2010. Avec Le film va faire un malheur, publié en 2009 par le Castor Astral.

Interview et informations sur Georges Flipo
Le roman récompensé : Le film va faire un malheur


Le site, le blog et des commentaires sur Georges Flipo.

photo de Roger Béteille salon du livre 2009

Roger Béteille


Roger Béteille fut le premier lauréat des prix littéraires en 2009. Avec La rivière en colère, publié en 2008 par les Editions du Rouergue.

Interview de Roger Béteille
Le roman récompensé : La rivière en colère





Naturellement, je réponds immédiatement à la question :
Je constate la présence du compte d'auteur dans les annonceurs (gérés en externe). Je le déplore.
Sur ce point du compte d'auteur, je suis sur la même ligne que le CENTRE NATIONAL du LIVRE
Le CNL m'écrivait récemment :
Si le Centre national du livre n'est malheureusement pas habilité à prendre position dans un litige d'ordre privé, sachez que l'ensemble de ses services, et plus particulièrement le bureau des auteurs, mettent continuellement en garde les écrivains contre les sociétés qui pratiquent le compte d'auteur.

Donc naturellement, inutile de postuler sur ce site avec un livre ainsi présenté.

Vos réactions



Votre avis

- le 08 juin 2016 à 09 heures 32
par Jc : Bonjour
Je remercie pour votre invitation au salon du livre.
Cependant je suis absent du département durant la Semaine du 13 au 18.
Je vous souhaite donc une belle réussite pour ce salon et vous dit
A bientôt
Cordialement
Jc

- le 24 mars 2013 à 10 heures 19
par Karine : merci à vous pour cette passionnante interview de Joachim Marcus-Steiff que j'ai ainsi découvert.

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