Interview d'Olivier Delau, ses nouvelles Diables d'hommes récompensées




photo de Olivier Delau

Olivier Delau


Olivier Delau , un chasseur de prix ? Le besoin de reconnaissance, sans doute...

Il est aussi l'auteur de Clair comme la nuit, Partants et revenants, Kévin le devin, des livres publiés chez divers éditeurs !

salon du livre : - On commence par l'âge et profession ici !?

Olivier Delau : - J'ai 53 ans, s'obstine à me dire mon état-civil. Mais si l'on se mettait à croire à l'état-civil. Quant à la profession c'est un mot que j'ai rayé de mon vocabulaire. Comme il faut vivre (faire bouillir la marmite) j'anime des ateliers d'écriture, rencontre des élèves dans les classes, compose des poèmes acrostiches que je vends aux passants. Ces dernières choses ne sont pas de celles, puis-je penser, que j'aurais faites si mes livres avaient connu des tirages faramineux. Et si mes droits d'auteur avaient définitivement aboli le problème des fins de mois. Comme ce n'est pas le cas, je tache ponctuellement d'assurer ma survie tout en ne m'éloignant pas trop de l'écriture. Quel écrivain n'a pas eu de ces compromis ?


- Et le Parcours ?

Comme la plupart des gens, j'ai cru à 25 ans qu'il était indispensable d'avoir une profession. Et ayant une licence de lettres modernes, je suis devenu enseignant. Erreur de parcours qui a duré 9 ans. Erreur de parcours car je savais depuis mon plus jeune âge que mon activité consistait et consisterait à composer, à écrire des histoires, à trouver mon vrai moi et à me fondre dans l'univers en rassemblant et en approfondissant dans l'écriture toutes mes données personnelles éparpillées. Tout job , toute activité, tout métier pour moi ne pouvait être qu'alimentaire et, d'une certaine manière, fictif. Tout job que j'ai pu faire ça et là et extérieur à l'écriture a toujours eu à mes yeux quelque chose de théâtral, d'un peu faux. Il en est de plus plaisants que d'autres. Mais fondamentalement aucun ne m'a jamais vraiment concerné.

salon du livre : - Les prix littéraires collectés ?

Olivier Delau : - J'ai obtenu pas mal de prix littéraires. Une vingtaine si l'on compte les prix qui s'attachent à couronner l'auteur d'une nouvelle isolée... Le principal : le prix décerné, jadis annuellement à Saint-Quentin, à un ensemble de textes courts. Une récompense distinguant un recueil de nouvelles sur manuscrit donc, mais cela dans le cadre de la remise du prix Goncourt de la Nouvelle (manifestation aujourd'hui disparue). J'ai obtenu ce prix de la Ville de Saint-Quentin en 1986. Jean Vautrin était du jury et...il était aussi de ceux qui ont voté pour mon recueil, avec ces mots m'a-t-on rapporté (et lui même plus tard me l'a confié) : Là, il y a quelqu'un. Le précédent : le prix de l'édition du Val de Seine en 2002, grâce à quoi (c'était cela, la récompense) était publié chez Editinter un recueil de nouvelles. Cela a donné DIABLES D'HOMME qui... vient donc d'être élu


- Donc Olivier Delau est un chasseur de prix ?

Oui, il y a un peu de ça, je le confesse. Le besoin de reconnaissance, sans doute...

- Le références littéraires ?

J'ai été de ma dix-septième à ma vingtième année littéralement amoureux de Montherlant, que j'ai filé dans Paris l'été de ma dix-neuvième année et autour de qui j'ai composé en 1974, à 24 ans, mon mémoire de maîtrise. Cette passion adolescente s'est considérablement émoussée. J'ai eu ensuite une période Miller et j'ai aimé (j'aime toujours pour certains d'entre eux) des écrivains aussi différents l'un de l'autre que Borges, Kérouac, Tchékhov, Cocteau, Bukowski ou Mansfield. J'ai eu une période Maupassant, Balzac. Aujourd'hui, mes engouements sont beaucoup plus limités dans le temps, plus distanciés, mais encore très fervents. Bobin me donne le sentiment d'être assez remarquable dans sa forme écrite. Mais je lui préfère encore, parmi les contemporains, quelqu'un comme Pirotte qui a une écriture très maîtrisée, très profonde mais, en plus, une envergure toute particulière, un fond noir, triste, une âme propre, un monde à lui, à lui seulement...


- L'Ambition artistique ?

Laisser derrière moi un texte d'une soixantaine de pages (j'aime les récits de ce format, entre l'épaisse nouvelle et le très court roman, et déplore qu'ils n'aient aucune existence officielle) qui aurait la teneur du Sylvie de Gérard de Nerval ou la construction irréprochable et la force en même temps, à tous points de vue, de Boule de Suif.

- Et Internet dans tout cela ?

Internet est pour moi une terra incognita. Curieux de nature, il a fallu que j'aille au devant de ce monde. Mais mon âge avancé, ma maladresse à user de la technique et, il faut bien le dire, toute la complexité de ce riche outil font que je suis dans mon exploration de cet univers à peu près comme un ethnologue qui parti visiter l'Afrique piétinerait aux alentours d'Oran (pour ne pas dire : à la sortie du port...)

- Pourquoi alors avoir participé à ce prix littéraire ?

Diables d'homme entrait dans la catégorie : livre publié dans l'année, traitant de problèmes (sic) contemporains. Il était interessant pour moi de savoir si ce recueil de nouvelles écrit de manière très classique, avec une langue qui est tout ce que l'on veut sauf novatrice, un ton pas du tout au goût du jour et pas du tout rentre dedans pouvait parler à un jury branché internet (du moins je le suppose) C'était un peu comme se demander si l'ère Gutenberg pouvait parler à l'ère Mac Luhan. Que pouvait-il sortir de cette rencontre ? Le dédain des membres du jury ? Leur sourire apitoyé face à une écriture datée ? ou leur indifférence teintée d'irritation face à un thème : l'homosexualité, évoquée beaucoup plus sur le monde fervent que provocateur ? Eh bien, c'est comme si par ce prix l'on disait Non, il y a une voix et cela seulement compte. Même pour des gens comme nous en prise sur le net C'est pour moi une grande satisfaction.


- Tu publies depuis quelques mois régulièrement des textes courts dans Maxi, certes il faut bien vivre mais ça ne te gène pas d’associer ton nom à cet hebdo ?

Non, ça ne me gêne pas d'associer mon nom à Maxi. Pas plus qu'au Serpent à Plumes, Hachette, France-Culture auquel aussi je l'ai lié. Maxi est un magazine féminin sans prétention intellectuelle certes (mais pourquoi faudrait-il que n'existent que des Esprit ou des Tels quels ou Cahiers du cinéma ...c'est ce que tu voudrais ? pas moi) qui traite honorablement de coiffure, cuisine, pourquoi pas...

- Relation avec la musique ?

J'écris des paroles de chanson. J'ai une passion pour la chanson, pour la musique. Je regrette de ne pas être musicien. Mais je me sens parolier...Très. Je songe d'ailleurs à proposer certains textes de chanson aux sites que tu animes. J'ai sous les yeux (hasards du désordre de mon bureau) les paroles du Chaland qui passe une chanson mystérieuse, triste, pleine d'atmosphère.

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