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Kate Wagner, Catherine Wagner Dudenhoeffer à la naissance, lauréate 2014


Enquête sur Le paradis des louves...

Le paradis des louves, le livre lauréat 2014, signé Kate Wagner, publié par Les Éditions Kelableanwi

Je m’appelle Catherine Wagner Dudenhoeffer. Mon pseudonyme d’écrivain est Kate Wagner. Choisit surtout pour ne pas mélanger la peinture et l’encre. Bien qu’il y ait de nombreuses passerelles, mes tableaux doivent pouvoir continuer leur voyage sans la béquille des livres et vice et versa. Je suis une jeune romancière (j’ai 50 ans), suis née dans une des plus belles régions de France et je suis nulle en orthographe et en grammaire malgré de nombreux et coûteux cours de rattrapage. J’ai quatre enfants (deux filles, un fils et un mari) et un réfrigérateur qui aime rafraîchir le champagne.

Stéphane Ternoise, pour le salon du livre du net : - Donc vous ne "masquez" pas la personne par l'auteur... et présentez naturellement vos deux noms comme deux faces d'un être forcément complexe ?
Kate Wagner : Je ne suis pas deux faces différentes mais un complément d’enquête. Je suis entière et non compartimentée. Rien à enlever, rien à rajouter. L’emballage sert à reconnaitre le cadeau mais ce qui il y dedans c’est ce que nous voulons bien y mettre. La complexité peut être perçue par l’extérieur.

- Peinture, littérature, pouvez-vous nous faire un rapide tour de vos horizons artistiques ?
Je peins et dessine depuis mon plus jeune âge. Au grand désespoir de mes parents. Après les murs de ma chambre et une grosse punition, j’ai attaqué les dessous de lit pensant ne pas être démasquée. Peine perdue. Pas question d’école d’art à l’époque. On n’arrive à rien en saltimbanque. Donc études d’infirmière psychiatrique. Mais la jeunesse se contente mal de compromis. La vision que j’avais de l’aide à apporter aux patients ne correspondait ni au temps de travail, ni aux possibilités que laissent le manque de personnel ou de budget. Après ma démission et le passage dans un magasin de meubles anciens où je me suis défoulée en décoratrice, la venue de mon deuxième enfant m’a donné le courage de me consacrer uniquement à la peinture. Mes toiles voyagent encore aujourd’hui un peu partout. (cwagnerdudenhoeffer.com) Mes expositions s’espacent de plus en plus, pour laisser la place aux mots.
 
- La littérature ; je note : travail "pour un journal satirique", poésie, chant, pièce de théâtre. Pouvez-vous développer ?
En parallèle au mode d’expression peinture, l’écriture a toujours été le deuxième pilier. La couleur des mots est aussi importante. J’ai commencé par la poésie et les chansons pour des groupes de copains, puis plus tard la plume s’est affutée, trempée dans la collaboration avec un journal satirique qui pointait du doigt les manquements de nos élus. Je traitais ma révolte à l’humour corrosif. J’ai arrêté quand le lynchage, pour moi, ne se justifiait plus. Trop racoleur et populiste.
En m’occupant plus tard d’une troupe de théâtre et après deux pièces jouées, écrites par de magnifiques auteurs, l’envie de faire de même a pointé le bout de sa réplique. Et nous voilà lancées dans l’aventure de « Mon beau satin ». Une pièce marrante de Père Noël en goguette. Le succès a été au rendez-vous et la pièce a été éditée en 2010 chez Art et comédies Paris (Collection côté cour). Elle est toujours encore au catalogue dans les succès de l’année. Cette expérience m’a suffisamment remué pour avoir envie d’aller jusqu’au bout de la plume d’où le passage au roman.
 
- Ce roman se présente comme un "complément d'information" sur le personnage de votre premier roman... est-il nécessaire d'avoir lu ce premier roman "Aile Ouest" ?
Le paradis des louves développe un des personnages principal de Aile Ouest, mon premier roman. A la demande de beaucoup de lecteurs qui se demandaient pourquoi cette personne se comporte de telle manière dans la première histoire, j’ai alors raconté la vie de celle-ci. Mais on peut très bien lire les deux livres indépendamment l’un de l’autre. Cela peut être intéressant de lire le livre source, en deuxième. On est dans la forme « Au commencement… »

- Votre personnage semble "légèrement" victime de graves angoisses... Pouvez-vous nous le présenter ?
W dans Aile Ouest se nomme en réalité Amélie. Son enfance emballée dans du papier de soie rose a fini par l’insupporter. Sa courte vie est une fuite en avant en tentant vainement de supporter la race humaine dont elle exècre tous les défauts. C’est une jeune femme magnifique qui va s’investir d’une mission divine peu acceptable pour la société. Et qui en payera le prix.
 
- Les "difficiles relations" avec ses contemporains, est-ce une projection de l'auteure ou êtes-vous une femme adorable !?
Je suis une femme adorablement révoltée. Je n’irai pas jusqu’à pratiquer la même sentence que Amélie mais qui n’a pas dit au moins une fois dans sa vie « celui-là ou celle-là, je lui tordrais bien le cou ». Sinon, j’aime bien faire des crêpes à mes enfants.
 
- L’enfance apporte selon vous les clés de nos existences ?
L’enfance joue un rôle, certes, très important. Mais les expériences que l’on peut faire par la suite peuvent modifier radicalement cet historique. Les traumatismes d’un petit peuvent se réparer comme rester à jamais une plaie ouverte. Tout comme une réparation réussie peut foirer sous le coup d’un sale coup !

 - Allez-vous développer ce thème de la résilience dans un prochain roman ?
On devrait retrouver en filigrane cette thématique puisque mon personnage principal est un génie de la peinture avec toutes les conséquences qui en découlent. Notre enfance forme une empreinte indélébile. A nous de voir si cette tâche est infâmante, quelle lessive doit la laver ou si c’est une force pour la suite. Même si nous n’avons pas toutes les cartes en main au début, on peut jouer tout de même la partie. Cela dépend aussi beaucoup de nous et de nos choix ultérieurs.

- Ecrit-on d'abord pour soi ? Pour se connaître ? Pour sortir des démons ? Pour un bilan ? Pour transmettre ?
J’écris avant tout pour moi. Pour écrire. Pour le plaisir de jouer avec la musicalité des mots. Si ensuite cela fait une histoire, c’est encore mieux. Je trouve ennuyeux d’utiliser l’écriture comme une thérapie ou alors le faire sans intention de publier. Cela doit rester intime. Je sais bien que la mode est de dire qu’un témoignage a aidé beaucoup de personnes. Moi cela ne me parle pas. Le bilan, on le fait à chaque étape mais pour soi et ceux qui nous entourent. Ecrire doit rester une récréation de l’esprit. Sinon il y a toujours une flute de champagne qui peut faire l’affaire.
 
- Votre ambition artistique ?
Je n’ai pas d’ambition au sens célébrité de la chose. Etre lue est bien sûr important, mais échanger avec les lecteurs est primordial. Le partage reste mon but. Le problème est la diffusion d’un livre dans l’océan actuel des publications. C’est difficile d’être audible dans les grandes vagues. De toute façon, je suis trop flemmarde pour aller de librairie en librairie dans toute la France pendant des mois comme font certains de mes amis.

 - Je reviens à l'ambition artistique... de trouver quelque chose, l'oeuvre d'art...
Mon intolérable notion de perfection m’empêche cela. C’est un moteur mais aussi un frein. La gageure c’est de temps à autre se satisfaire de ce que nous avons accompli.

- Ce personnage, vous allez le développer dans un troisième volet ?
Non. Mon troisième roman en cours d’écriture est totalement différent. J’ai eu une grande satisfaction dans le fait d’écrire Le paradis des louves même si cela ressemblait à une « commande » de la part des lecteurs du premier roman. D’autres sensations m’appellent.

- Votre livre est sorti en octobre 2013... Ça se passe comment ?
Je suis très heureuse de son envol. Malgré les difficultés de diffusion dont je parlais, j’ai réussi à le proposer dans des librairies, dans des bibliothèques avec des lectures publiques, dans des clubs de lecture. Avoir un « petit » éditeur cela veut aussi dire ne pas ménager sa peine, rencontrer des gens du métier, faire des courriers, aller au-devant sans attendre un miracle et surtout rester humble. Le silence m’a souvent servi plus que la parlotte qui donne la migraine. Je pense que la conviction de ne pas se laisser mépriser ouvre bien des portes.

- Votre style, vous le définiriez de quelle manière ? Vous y retrouvez vos influences (si oui, lesquelles) !
Je n’aime pas les étiquettes, de toute manière elles se décollent avec la sueur. Bien sûr, je dois subir l’influence des si nombreux livres que je lis. Mais ma vie aussi écrit. Je définirais mon écriture comme rapide et souvent ironique. Je ne souhaiterais pas passer pour une donneuse de leçons, une intellectuelle imbue ou une nombriliste. Je ne voudrais surtout pas qu’un lecteur s’endorme en me lisant.

- Les Éditions Kelableanwi, une jeune maison d'édition qui met en exergue sa qualité d'éditeur à compte d'éditeur sur la page d'accueil de son site. Pouvez-vous nous parler de cet éditeur ? 
C’est une petite structure que mène avec enthousiasme Rodrigue Tia, lui-même auteur. Pour ma part, je trouve le comité de lecture, la correctrice et la graphiste très compétents et leurs conseils ont été souvent judicieux. L’avantage d’être comme une famille, c’est que rien n’est imposé sans discussion et concertation. Cette liberté-là n’a pas de prix malgré le fait d’être souvent regardé de haut par les autres composants du monde de l’édition. On garde la tête sur les épaules et on va de l’avant. C’est aussi agréable quand l’éditeur croit suffisamment en vous pour s’engager financièrement même si les tirages sont plus faibles que chez les éditeurs reconnus.

- Nous avons abordé la peinture et la littérature... Financièrement, vous vous en sortez ? Eh oui, "il faut bien bouffer" ? (et dans la vraie vie vous ne semblez pas avoir mangé vos enfants)
Mes enfants ne fabriquent pas de tapis pour payer mes lubies. Mes peintures payent mon écriture. Je suis éditée à compte d’éditeur donc pas de sommes astronomiques à dépenser. Si l’art rendait riche ça se saurait. La chose artistique ne supporte pas la tiédeur. Il faut vraiment être bon même si c’est juste être fort pour vendre du vent.

- Est-ce difficile d'approcher les grands médias quand on arrive avec un livre édité par une petite maison d'édition ?
Les grands médias sont relativement accessibles. J’ai eu à faire à de nombreux rédacteurs en chef. La discussion est toujours franche et amicale même si elle débouche systématiquement sur un oui mais…Relancer gentiment les journalistes, les inviter aux lectures, parfois envoyer un livre au bon moment peut déboucher sur un bel article. Une fois la pompe amorcée, le réseautage peut suivre. Rester soi-même, garder son naturel paye toujours. Je ne suis pas sûre de raffoler de la télévision et autres radios. La presse écrite pour moi reste la plus intéressante. J’ai déjà eu de bonnes surprises…

- Promouvoir un roman... vous êtes présente sur Internet, les réseaux sociaux... quels résultats, quels commentaires ?
Je ne suis pas vraiment une adepte des forums où souvent l’agressivité prend la place de l’intelligence du cœur. Je n’ai donc pas eu à souffrir de remarques désobligeantes. Les commentaires sur le site de l’éditeur sont tous bienveillants (dois-je m’en inquiéter ?). Sur les réseaux sociaux je n’ai eu droit qu’à des « like » donc pas de commentaires c’est dommage. En même temps, c’est les critiques un peu dures qui font avancer.

- Les forums (genre "groupe facebook") deviennent effectivement de petits champs de batailles où se forment des affinités variables qui ont naturellement besoin de cibles... c'est assez intéressant (et pitoyable) à observer... (surtout sur facebook et ses petits chefs, "administrateur") vous ne trouvez pas ?
J’ironise un peu dans mon deuxième roman. Facebook est une formidable place publique où certains osent enlever la chemise, voire plus. C’est une mine qui peut être lumineuse, parfois terne ou rouge sang de bêtises mais c’est passionnant pour un observateur. Pour les forums c’est autre chose. Ces places de guerre n’ont rien à envier à la Corée du nord. J’en connais très peu qui soient tolérants et ouverts. C’est dommage, l’anonymat sert la lâcheté de la plupart. Derrière un écran beaucoup se permettent n’importe quoi. Alors que dans la réalité, ils tremperaient leur pantalon.
 
- Qu'attendez-vous d'internet ?
La rapidité de présentation d’un événement (sortie du livre, lectures, salon). Pour la promotion c’est un impact beaucoup plus faible car je ne veux pas saturer de ma présence permanente et insistante. Je ne fais rien pour récupérer de « like » je connais toutes les personnes. Je n’achète pas mes « amis ». En fait, je suis assez nulle pour me vendre.

- Si mes renseignements sont bons, vous participez au prochain salon du livre de Paris... Votre première participation à Paris ? Qu'en attendez-vous ?
Aucune idée de l’ambiance. Je vais emporter un bon roman si personne ne vient nous voir et me promener pour laisser libre cours aux rencontres. Je ne fais jamais rien pour rien. Il se passe toujours quelque chose et le plus souvent bien plus fort mais bien plus éloigné que ce que j’avais prévu. Il faut rester les yeux ouverts.

 - Avez-vous participé à d'autres salons du livre ? Si oui, quelles sont vos relations avec les autres auteurs, les lectrices et lecteurs ?
Mon premier salon du livre 2013 était à Haÿ les Roses dans la région parisienne sous la présidence de Mémona Hintermann avec JF Kahn. C’était un salon convivial où les personnalités sont restées très abordables (Malek Chebel, Gilles Kepel, Pierre Baroux) j’ai peut-être mis plus d’enthousiasme à discuter avec les anciens qu’être à ma table mais bon…côte vente-dédicace c’était correcte pour quelqu’un comme moi parfaite inconnue (un peu plus d’une dizaine de livres). Mon grand constat c’est que les lecteurs viennent pour parler d’eux et non de votre livre. Intéressant.

- Dans le débat sur le livre numérique, où vous situez-vous ?
Je suis une grande amoureuse des livres en papier. J’aime l’odeur, la texture, pouvoir écrire dessus et laisser des images, des fleurs, des photos ou des petits billets dedans. C’est mes madeleines de Proust, car chaque livre est une circonstance.
Pour les liseuses, il y a deux avantages qu’il ne faut surtout pas négliger. Le rétro-éclairage et le réglage de la grandeur de la police. J’ai des problèmes de vue et je dois dire que dans les endroits trop peu éclairés cela me sauve et les grandes lettres soulagent. Bien sûr la froideur de l’objet, même si parfois il est esthétique, me frustre.
Je ne sais pas si la possibilité de publier un livre numérique si facilement est un bien ou un mal. On trouve sûrement des pépites dans l’immensité des grains de sable.
De toute manière, numérique ou papier, le choix de lire tel ou tel livre, reste délicat. La couverture, le résumé, la notoriété de l’éditeur, l’influence d’un prix, le coût, autant de paramètres qui nous laissent parfois perplexes.

- Question de classement... dans la francophonie : Vous devez être notée comme première lauréate suisse ? Ou lauréate française ?
Je suis française et alsacienne avant tout. Ma place n’est que géographique même si mon entourage est très sympa. C’est pourquoi je rentre souvent sentir les sapins et prendre un verre de vin doré en main. Donc lauréate française.

- Ce prix littéraire... il s'agit de la première récompense pour vos livres ? Sa place est "un peu" à part dans le paysage de l'édition... pensez-vous qu'il va vous être "utile" ou cette récompense vous suffit déjà "en elle-même" ?
Je n’aime pas les médailles qui décorent le plus souvent les champs de batailles. Mais la liberté et la sincérité de ce prix me parlent. Il est utile pour la confiance même si je sais qu’un regard hautain se présentera sûrement d’un écrivain confirmé ou d’un journaliste ambitieux.

- Avez-vous eu l'occasion de lire quelques livres parmi les 10 premiers récompensés ?
Non, mais je vais avoir un peu de temps cet été donc je vais sélectionner ceux qui seront sur ma play liste (oui je sais mais les livres c’est aussi de la musique.)



















Kate Wagner Kate Wagner, Le Paradis des louves, fut publié en 2013 chez éditions Kelableanwi.

Lauréate Prix salon du livre du net 2014



Papier (prix éditeur 10 euros) : La Fnac ou le site de l'éditeur éditions kelableanwi

Ebook : amazon à 4 euros 99.



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